Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé On va reprendre les tranchées, Notre place est si utile Que sans nous on prend la pile Mais c’est bien fini, on en a assez Personne ne veut plus marcher Et le coeur bien gros, comm’ dans un sanglot On dit adieu aux civ’lots Même sans tambours, même sans trompettes On s’en va là-haut en baissant la tête
Adieu la vie, adieu l’amour, Adieu toutes les femmes C’est bien fini, c’est pour toujours De cette guerre infâme C’est à Craonne sur le plateau Qu’on doit laisser sa peau Car nous sommes tous des condamnés Nous sommes les sacrifiés
Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance Pourtant on a l’espérance Que ce soir viendra la r’lève Que nous attendons sans trêve Soudain dans la nuit et le silence On voit quelqu’un qui s’avance C’est un officier de chasseurs à pied Qui vient pour nous remplacer Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes
Adieu la vie, adieu l’amour, Adieu toutes les femmes C’est bien fini, c’est pour toujours De cette guerre infâme C’est à Craonne sur le plateau Qu’on doit laisser sa peau Car nous sommes tous des condamnés Nous sommes les sacrifiés C’est malheureux d’voir sur les grands boulevards Tous ces gros qui font la foire Si pour eux la vie est rose Pour nous c’est pas la même chose Au lieu d’se cacher tous ces embusqués Feraient mieux d’monter aux tranchées Pour défendre leur bien, car nous n’avons rien Nous autres les pauv’ purotins Tous les camarades sont enterrés là Pour défendre les biens de ces messieurs-là
Ceux qu’ont le pognon, ceux-là reviendront Car c’est pour eux qu’on crève Mais c’est bien fini, car les trouffions Vont tous se mettre en grève Ce s’ra vot’ tour messieurs les gros D’monter sur le plateau Et si vous voulez faire la guerre Payez-la de votre peau.
La chanson de Craonne
1917 Anonyme
Chanson interdite. Un million de francs-or plus la démobilisation immédiate furent promis à qui dénoncerait son auteur. Elle est restée anonyme...